Lean Summit France 2026
Thème : Le lean face à un contexte chaotique : les entreprises lean sont-elles plus résilientes ?
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10e édition (biennale), organisée par l'Institut Lean France, 2 et 3 juin 2026. Au programme : 9 conférences plénières en Amphi A et 16 ateliers au choix (4 créneaux de 4). Environ 40 intervenants venus de l'industrie, de la tech, de la santé, des services et du monde académique.
Au 10ᵉ Lean Summit, dirigeants et opérationnels ont présenté le lean comme un système d'apprentissage et de développement des personnes (gemba, exercices, chaîne d'aide, cas unitaires). Il y apparaît comme le prérequis, et non l'alternative, à une IA qui crée vraiment de la valeur, avec le jidoka comme grille de lecture du partage entre l'humain et la machine.
11 sessions résumées · 9 vidéos · mise à jour le samedi 3 octobre 2026 · synthèse à compléter
Sources lues et limites de cette synthèse
Corpus : Sources lues : - le programme officiel (PDF) et la page des intervenants ; - la playlist YouTube officielle : 9 sessions filmées, publiées entre le 10/07 et le 07/09/2026, plus des capsules et des vidéos récapitulatives. Les 9 sessions ont été transcrites (sous-titres automatiques) ; - 3 posts LinkedIn de participants (Augustin Ory, juin ; Julien Mansuy, août-septembre), leurs commentaires, et un post de speaker (Savarieau) ; - un billet de Charles Bourinet sur le blog de l'ILF (8 juin) et les verbatims anonymes des deux vidéos récapitulatives officielles.
Limites : Le corpus de participants reste mince : trois posts LinkedIn, dont un d'un salarié de Veolia qui commente aussi l'atelier de sa collègue, et deux posts de Julien Mansuy publiés après la mise en ligne des vidéos. Le billet de Bourinet et les vidéos récapitulatives viennent de l'organisateur. 14 sessions sur 25 n'ont ni vidéo ni retour. Les sessions Underdog et Veolia ne sont connues que par un seul post. Les transcripts automatiques contiennent des erreurs (« line » pour « lean », noms propres), et quelques chiffres restent incertains ; ils sont signalés. Les restitutions des sous-groupes de l'atelier ESSEC/IAE ne figurent pas dans la vidéo.
Synthèse globale
1. Des dirigeants qui vont sur le terrain
Le trait le plus marquant de l'édition : des PDG racontent leur propre pratique du gemba.
- Métivier (Cdiscount) consacre au moins une grosse journée par semaine au terrain. Selon lui, une équipe ne progresse que si on vient la voir au moins une fois par semaine.
- Anavi (Qonto) fait des gembas avec son codir et coache ses directeurs par l'A3.
- Boscher (Aramisauto) décrit un geste managérial en trois temps : montrer les problèmes, donner des exercices, puis « raise the bar ».
La vidéo récapitulative officielle le résume, sans qu'on sache qui parle : on y voit « des dirigeants qui sont sur le terrain et qui résolvent des problèmes avec leurs équipes ».
Les ateliers montrent le même geste hors des plénières. Chez ALOÏS (Savarieau), le fondateur part deux fois par semaine en gemba au domicile des bénéficiaires, « pas pour contrôler » l'auxiliaire. Chez Trixell (Chomat), le bureau d'études n'avait vu aucun client depuis une dizaine d'années ; désormais, chaque visite passe par lui.
2. Le lean comme développement des personnes, pas comme boîte à outils
Les trois plénières filmées disent la même chose sous des angles différents :
- « le développement de l'entreprise passe avant tout par le développement des collaborateurs » (Boscher) ;
- la transformation financière ne réussira pas sans transformation culturelle (Métivier) ;
- Qonto a traversé une phase de méthode sans intention, « le mauvais lean », avant de revenir au système complet : orientation, soutien, chaîne d'aide (Anavi).
Chez Cousin Surgery, il a fallu 5 à 6 ans pour que « chaque problème est un cadeau » devienne réel. On y préfère aussi « des gens moyens dans un bon système » à des gens brillants dans un mauvais.
La formation y apparaît comme un levier lean à part entière. La Solive (Martinage) forme des installateurs de pompes à chaleur en 15 semaines grâce au TWI, aux dojos et à la « joie d'apprendre ». Pour Julien Mansuy, qui a commenté l'atelier sur LinkedIn, c'est la preuve que la compétence technique « s'ancre par la pratique guidée ». En ouverture, Christophe Riboulet (président de l'ILF) avait posé le cadre, rapporté par Augustin Ory : face aux ruptures, « la réponse n'est pas que technologique, elle est humaine ».
3. L'IA lue à travers le jidoka
Sans que ce soit le thème officiel, l'IA a traversé l'édition. Tous les intervenants qui l'ont abordée la relient au lean :
- Jidoka. « La machine code, mais c'est l'humain qui définit l'ingénierie » (Anavi). On ne vérifie pas 3 000 lignes générées sans jidoka (Métivier).
- Flux. L'IA déployée « là où c'est simple » ne fait que déplacer le stock ; « le lean est un prérequis » (Bordas).
- Kaizen. C'est le cadre pour expérimenter l'IA sans casser (Anavi, Bordas). Chez Qonto, une contre-mesure de kaizen a même pris la forme d'un fichier de skill pour Claude.
- Qualité. Viser 99 % et non 80 % (Bordas), avec une « qualité à 100 % » pour les agents de développement (Métivier).
L'atelier ESSEC/IAE (Guillard & Magnani) apporte la seule note de recherche. Aucune étude publiée ne mesure encore l'impact de l'IA sur les acteurs lean en situation réelle. Les experts minimisent le risque de perte de compétences (deskilling), et « l'apprentissage sans friction ne crée pas de compétence ». Le programme comptait aussi un atelier sur la détection de signaux faibles par l'IA (Rendez-vous Déco), pour lequel aucun contenu n'a été trouvé. L'ILF prolonge le sujet avec une masterclass « Jidoka à l'ère de l'IA » en octobre.
Charles Bourinet, sur le blog de l'ILF, confirme cette impression au sortir du Summit : « l'IA était partout. Pas nécessairement sur les slides, pas toujours dans les ateliers, mais en filigrane des conversations, dans les couloirs, aux pauses ». Sa conclusion rejoint celle des intervenants : « une erreur rapide reste une erreur », et c'est au team leader de garantir la qualité des rendus de l'IA.
4. Cas unitaires contre données de masse
Métivier (Cdiscount) décrit un renversement de paradigme : on croyait que « la vérité était dans la data ». En repartant de 5 verbatims clients sur le moteur de recherche, puis en traitant les recrutements un par un, l'entreprise obtient ses résultats les plus nets :
- près de 3 points de taux de clic ;
- un délai de recrutement ramené de 20 à 8 semaines.
Même logique pour Anavi : les dashboards servent à s'orienter, pas à servir le « client moyen » ; le client veut « de l'artisanat à grande échelle ».
C'est aussi le passage qu'a retenu Augustin Ory (Veolia), seul participant dont on ait lu un bilan d'ensemble : « un véritable changement de paradigme pour une entreprise biberonnée à la donnée ». Chez Trixell, la même idée prend la forme de clients nommés, des personnes précises chez Philips ou Siemens, plutôt que d'entreprises abstraites.
5. Des secteurs très divers, y compris très réglementés
L'édition a mêlé industrie (Thales, Sodebo, Bernard Controls, Trixell), e-commerce et fintech (Cdiscount, Qonto), santé (GHU Paris, Cousin Surgery), services à la personne (ALOÏS), BTP (La Solive) et service public (Veolia et la baignade dans la Seine). Deux messages sur la réglementation se répondent :
- pour Cousin Surgery, « le produit est réglementé, mais le chaos autour ne l'est pas » ;
- pour Anavi, « la réglementation est une contrainte de conception, pas un projet ».
Julien Mansuy, qui a commenté l'atelier Cousin Surgery sur LinkedIn, en tire une leçon générale : tout le gain est venu de la non-valeur ajoutée autour du produit, « jamais d'une pression sur le geste de production lui-même ». L'atelier Veolia sur la baignade en Seine (Beneba) n'est connu que par Augustin Ory, collègue de l'intervenante, pour qui « le véritable impact environnemental se gagne sur le terrain ».
6. Tensions, limites et biais du corpus
- Échecs assumés, surtout chez Cousin Surgery : pas de mesures avant/après, fatigue du changement, le lean qui ne prend pas chez les commerciaux, l'oubli de célébrer.
- Des chiffres impressionnants mais auto-déclarés (Cdiscount, Aramisauto, Cousin Surgery). Certains sont mal transcrits dans les sous-titres automatiques et sont signalés comme incertains.
- Corpus biaisé. Les vidéos récapitulatives de l'ILF recueillent des verbatims très positifs : « stimulant », « galvanisant », « inspirant, humain », « pour apprendre à apprendre ». Les posts LinkedIn lus ne sont que trois (Ory, Mansuy deux fois), sans aucune critique, et l'un vient d'un salarié de Veolia. 14 sessions sur 25 restent sans contenu, dont la plénière Sodebo, l'atelier Thales et la table ronde des auteurs. La synthèse surpondère donc les sessions filmées, et parmi elles les sessions tech ou IA (Theodo, Qonto, ESSEC/IAE).
Actions concrètes citées
- Partir de cas unitaires et de verbatims clients plutôt que de la seule donnée de masse : c'est ainsi que Cdiscount a gagné près de 3 points de taux de clic sur son moteur de recherche (Métivier).
- Aller au gemba au moins une fois par semaine par équipe qu'on veut faire progresser, et ne pas piloter seulement par des indicateurs de production (Métivier).
- Faire grandir les gens par des exercices fréquents et difficiles sur les bons problèmes. Promouvoir sur deux critères : orientation kaizen et travail d'équipe (Boscher, Aramisauto).
- « Chaque problème est un cadeau » : chercher les causes et poser une contre-mesure concrète sur le terrain, plutôt que d'ajouter du contrôle (Cousin Surgery).
- Traiter la réglementation comme une contrainte de conception, pas comme un projet (Anavi, Qonto). Faire du lean dans un secteur très normé : « le produit est réglementé, pas le chaos autour » (Cousin Surgery).
- Déployer l'IA aux points critiques du flux, pas là où c'est simple. Viser 99 % de qualité et non 80 %, en améliorant la « machine » à chaque défaut (Bordas, Métivier).
- Chercher la valeur de l'IA dans la suppression de lignes de code et la simplification des SI plutôt que dans la production de davantage de code (Bordas, Theodo).
- Utiliser le kaizen et des dojos hebdomadaires pour expérimenter l'IA sans casser : « tu es en labo » (Anavi, Bordas).
- Garder le terrain non délégable à l'IA et utiliser l'IA pour libérer du temps de gemba (Guillard & Magnani).
- Relire la transformation IA avec le jidoka : « la machine code, mais c'est l'humain qui définit l'ingénierie et tranche les compromis » (Anavi).
Session par session
Mardi 2 juin
Keynote▶ vidéo + transcript
De la donnée au réel : réinventer le management chez Cdiscount
Thomas Métivier — Cdiscount
Retours : Augustin Ory (Veolia, post LinkedIn)
- Contexte : Cdiscount compte 2 000 collaborateurs et réalise 3 Md€ de ventes. Après deux années à −15/−20 %, Métivier arrive début 2023 avec une conviction : la transformation financière ne réussira pas sans transformation culturelle. Il démarre en 2024 par le gemba, avec des senseis, en « partant de zéro » en lean.
- Moteur de recherche (plus d'un milliard de requêtes par an). L'équipe mesurait le clic, un indicateur de résultat et non de qualité. En partant de 5 verbatims clients, elle trouve un problème de catégorisation et gagne près de 3 points de taux de clic en quatre mois, soit 15 à 30 M€ de ventes. « On était convaincus que la vérité était dans la data […] on découvre qu'on a des résultats beaucoup plus performants en partant de cas unitaires. »
- Recrutement tech, travaillé au kanban entre l'IT et les RH en traitant les cas un par un. Le délai passe de 20 à 8 semaines, le volume de 15 à 60 postes/an à effectif constant, et l'acceptation des CV de 10 % à plus de 70 %.
- Problèmes systémiques : « à deux équipes ça n'avance pas, à trois on régresse ». Sur l'après-vente de la marketplace, où au moins 4 équipes interviennent, les discussions sans réponse sont divisées par près de 10 en un mois, et le NPS gagne 20 à 30 points sur ces discussions.
- IA : Métivier parle de « karakuri digitaux » construits par les équipes à partir de leurs standards. Certaines équipes « n'écrivent plus de code ». Il fixe deux principes, qualité à 100 % et bout en bout, et pose la question du jidoka : on ne vérifie pas 3 000 lignes à la main. Un portail vendeurs legacy passe de 55 jours pour la page 1 à 27 jours pour la page 2. Une approche « uniquement productiviste » passerait à côté.
- Leçon managériale : « Si vous passez votre vie à suivre des indicateurs de production, il n'y a aucune chance que vos équipes fassent de la résolution de problème. » Il passe au moins une grosse journée par semaine en gemba.
- Côté participants : Augustin Ory en fait l'un de ses « coups de cœur » sous le titre « le cas unique plutôt que le Big Data ». Il y voit « un véritable changement de paradigme pour une entreprise biberonnée à la donnée ».
Keynote▶ vidéo + transcript
Grandir ensemble : le développement de chacun comme moteur de la croissance
Romain Boscher — Aramisauto
Retours : aucun retour participant nominatif trouvé (d'après la vidéo)
Thèse : « la vitesse de développement de la boîte est très liée à la vitesse d'apprentissage des collaborateurs ». Celle-ci dépend de la fréquence et de la difficulté des bons exercices donnés aux équipes. Aramisauto (environ 850 personnes, NPS 70) fait du lean depuis 2017.
Sa boussole de dirigeant : fix the team (growth mindset, équipes fonctionnelles), TPS (flux, problèmes visibles) et Toyota Way (gemba, défis exigeants, kaizen). Les promotions se font sur deux critères, l'orientation kaizen et le teamwork.
Service client : seuls 80 appels sur 100 étaient décrochés. Les leviers :
- des team leaders sans lien hiérarchique ;
- obeya, matrices de compétences, heijunka ;
- un rendez-vous garage pris immédiatement pour les garanties ;
- un rappel programmé « en s'appuyant sur l'IA ».
Résultat : moins d'appels par commande et une satisfaction multipliée par 3,5.
Service immatriculation : 5S, standards, et flux tiré où l'on traite seulement les dossiers des clients livrés sous 2 à 3 jours. Résultat : 30 % d'appels en moins au service client.
Usine de Nemours, 30 % moins productive que l'autre usine. Les leviers : VSM, trois cellules dédiées, un logisticien qui prélève une voiture toutes les 15 minutes avec arrêt et chaîne d'aide en cas de manque, takt et yamazumi. « Une usine est là pour livrer, pas pour produire » (sa sensei).
Atelier▶ vidéo + transcript
Développer l'autonomie en maîtrisant nos systèmes : le lean Tech à l'ère de l'IA
Antoine Bordas — Theodo
Retours : aucun retour participant nominatif trouvé (d'après la vidéo)
- L'argent investi dans l'IA ne produit pas encore de valeur. Bordas cite un rapport McKinsey : seules 6 % des entreprises interrogées voient un impact de plus de 5 % sur leur EBIT. Le problème n'est pas l'adoption, que le sondage en salle montre forte.
- Diagnostic en termes de flux : l'IA est déployée localement, là où c'est simple. Elle fait gagner « 5 minutes par-ci, 10 minutes par-là » et déplace seulement le stock. Il prend l'exemple de la course au nombre de cas d'usage. La vraie question : « comment développer une organisation capable d'apprendre à générer davantage de valeur grâce à l'IA ? »
- Idée fausse n°1 : « plus besoin d'expertise ». Cas d'une fintech : 85 % des clients ont appelé le support, 87 bugs au premier release d'un parcours, 10 mois de retard. Le problème est de concevoir de meilleurs produits, pas de coder plus vite. Réponses : obeya produit, architecture produit.
- Idée fausse n°2 : « produire plus de code ». Cela ne fait qu'accumuler du legacy. « La plus grande valeur de l'IA aujourd'hui, c'est de supprimer des lignes de code et de simplifier nos SI. » Exemple de migration de legacy : 21 semaines au lieu de 70. Il faut viser 99 % et non 80 %, grâce à des problem solvers qui améliorent la « machine » à chaque défaut.
- Idée fausse n°3 : « déployer des outils IA depuis l'extérieur ». Le kaizen est « notre ami ». Il recommande des dojos hebdomadaires, parce qu'une formation biannuelle est périmée en quelques mois, ainsi que des matrices de compétences et des standards.
- Conclusion : « le lean est un prérequis pour réussir le déploiement de l'IA ».
Atelier▶ vidéo + transcript
Lean vs Médical : meilleurs ennemis ? Comment améliorer un système conçu pour ne pas changer ?
Clara Di Girolamo — Cousin Surgery, Xavier Lanciaux — Cousin Surgery
Retours : Julien Mansuy (post LinkedIn), Marie Martins Semedo (commentaire LinkedIn)
- Contexte : Cousin Surgery est une entreprise familiale d'environ 150 personnes qui fabrique des implants textiles. Le règlement MDR impose désormais 5 à 10 ans et des millions d'euros pour mettre un implant sur le marché, et une traçabilité sur 80 ans. Le dogme de départ : « une fois certifié, on ne touche plus au produit ». Xavier Lanciaux a passé 12 ans chez Toyota.
- État initial, il y a 10 ans : 6 semaines pour fabriquer un implant contre 12 minutes de valeur ajoutée, environ 300 OF en cours pour 30 opératrices, aucun KPI. Chaque non-conformité entraînait un contrôle de plus, jusqu'à 4 contrôles à 100 %.
- Chantier 1 : résoudre plutôt que contrôler. Les opératrices elles-mêmes pratiquent le « 2×5 pourquoi » (pourquoi le problème, et pourquoi il n'a pas été détecté), puis des A3. Leur devise : « chaque problème est un cadeau ». Il a fallu 5 à 6 ans pour changer les mentalités.
- Chantier 2 : la « fast lane ». Des murs abattus en salle blanche, un monte-charge inspiré d'un restaurant, un kanban de 36 références fait main. Résultats : de 9 à 4 acteurs, de 29 à 7 portes, un lead time de production passé de 3 semaines à 1 semaine, sans toucher au produit certifié.
- En 10 ans, le chiffre d'affaires passe de 20 à 42 M€ avec moins d'effectif en production, la productivité gagne environ 30 % et le temps de panne est divisé par 2.
- Échecs assumés : pas de mesures avant/après, fatigue du changement, et un lean qui n'a pas pris chez les commerciaux.
- Conclusion : « Le produit est réglementé, mais tout le chaos qui est autour ne l'est pas. » Et : « mieux vaut des gens moyens dans un bon système que des gens brillants dans un mauvais système ».
- Côté participants : Julien Mansuy retient que « la réglementation encadre le produit, pas l'organisation autour de lui ». Selon lui, toute l'amélioration est venue de la non-valeur ajoutée (attente, déplacements, allers-retours entre silos), « jamais d'une pression sur le geste de production lui-même », ce qui a permis aux équipes de s'approprier la transformation. En commentaire, Marie Martins Semedo souligne le « décalage frappant » entre 6 semaines de cycle et 12 minutes de valeur ajoutée.
Atelier▶ vidéo + transcript
Comment le Gemba transforme le regard et le quotidien de l'aide à domicile
Noëmie Savarieau — ALOÏS
Retours : Noëmie Savarieau (speaker, post LinkedIn)
- Contexte : ALOÏS est un service d'aide à domicile bordelais créé en 2014 par Arnaud Barde, qui fait du lean depuis le début. Il compte environ 160 collaborateurs pour 85 bénéficiaires, dont des cas complexes (trachéotomies, accompagnements 24 h/24). Ergothérapeute arrivée en 2023, Savarieau découvre alors le lean, puis fait ses premiers gembas lors de la formation Lean Service.
- Qui est le client ? En se demandant ce qu'est le « produit » (le planning ? l'interaction humaine ?), l'équipe conclut qu'elle a deux clients, les bénéficiaires et les auxiliaires. Tous deux ont besoin de stabilité : des intervenantes qui maîtrisent le geste, des cycles récurrents, des trajets courts, de la reconnaissance.
- Le déclic : fin 2024, le sensei demande à quitter le gemba de bureau pour aller chez deux bénéficiaires. Devant un frigo couvert de consignes diététiques contradictoires (2018 et plus récentes), elle comprend qu'une nouvelle intervenante ne saurait pas quoi faire. « Rien n'est mieux que d'aller voir sur le terrain ce qui se passe réellement plutôt que se faire des films. »
- Un gemba dans l'intimité du domicile : 85 « lignes de production » imprévisibles où l'on ne peut pas « mettre du scotch ». Le dirigeant mène l'entretien de suivi bénéficiaire (qui nourrit le NPS) pendant qu'elle échange avec l'auxiliaire et la coordinatrice, « pas pour la contrôler ». Une question revient : comment savez-vous en fin de journée que le bénéficiaire est content ?
- Routine : d'aucun gemba en 2023 à un objectif de deux gembas par semaine, avec un planning amélioré en kaizen, une feuille de questions standard et un retour systématique aux aidants et aux prescripteurs. Elle dit en être à 15 ou 17 gembas en 2026.
- Effets rapportés : la satisfaction des bénéficiaires, en baisse en 2024, remonte (pas de chiffre donné). Des auxiliaires se sentent valorisées, et une coordinatrice réclame d'elle-même un gemba chez un bénéficiaire. « La plus belle des réussites », selon elle.
- Côté participants, seul le post LinkedIn de la speaker a été lu. Elle y retient que le Summit est le lieu pour « attraper une bonne idée et aller la tester dès le lendemain sur son propre terrain » (speaker).
Atelier▶ vidéo + transcript
Révolutionner la formation dans le BTP : le TWI, le Lean et l'innovation pédagogique au service de la reconversion
Thibaut Martinage — La Solive
Retours : Julien Mansuy (post LinkedIn), Xavier Etienne (commentaire LinkedIn), Thibaut Martinage (speaker, commentaire LinkedIn)
- Ouverture par une histoire : en 2018, Stanley, un ancien cuisinier humilié le matin même par un technicien (« tu es un nul, tu es vieux »), est formé au TWI Job Instruction. Il pose seul une pompe à chaleur en 3 mois, gère une équipe en 6 mois et devient conducteur de travaux en un an. « Combien d'entreprises perdent des Stanley sur la route parce qu'elles ne savent pas former avec méthode ? »
- Le problème : la rénovation énergétique doit former des centaines de milliers de personnes, 75 % des entreprises du BTP peinent à recruter, et les métiers sont techniques, non délocalisables et peu digitaux. La Solive (créée en 2021) recrute, forme et place ses élèves en 15 semaines, contre 3 ans pour un installateur de pompe à chaleur hors La Solive. Elle revendique 1 800 élèves formés et 2 500 candidatures par mois, dont une sur dix est retenue.
- TWI : un standard de travail pour former et une méthode en 4 étapes. Le meilleur exemple : la pose d'un plancher chauffant, en moyenne 3 jours chez un chauffagiste, 2 h 30 dans son ancienne entreprise, une compétence transmise grâce au Job Instruction.
- La « secret sauce » : 90 % de pratique, des dojos qui simulent parfaitement le réel (vrais murs, vraies machines), une difficulté qui progresse « de 1 à 1,1 » et la joie d'apprendre. S'y ajoutent la motivation 3.0 (autonomie, maîtrise, sens), la simplicité (« supprimer, réduire » : 21 mots par slide contre 56 chez les concurrents) et les quatre piliers de l'apprentissage. « On dit que la génération TikTok est désengagée. Moi je dis plutôt : les formations de merde. »
- Kata et kaizen : des rituels identiques chaque semaine, dont une visio de toute l'entreprise sur la « voix de l'élève » et la « voix de l'employeur ». « Les rituels permettent de faire aimer les problèmes. » Il assume aussi des revers : marché des pompes à chaleur divisé par deux en 2023, arrêt du photovoltaïque chez les particuliers en 2024.
- Côté participants : Julien Mansuy retient le contraste « 3 ans contre 15 semaines » et y voit « un rappel utile » : la compétence technique « s'ancre par la pratique guidée, l'erreur corrigée sur le moment, et la répétition structurée ». En commentaire, Xavier Etienne note que ce profil « ne passera jamais les grilles de recrutement ».
Keynote
Comment le Lean permet à Underdog de construire un modèle de reconditionnement de gros électroménager en France ?
Claire Bretton — Underdog
Retours : Augustin Ory (Veolia, post LinkedIn)
- Session non filmée ; résumé tiré du programme et d'un seul retour de participant. Première plénière du Summit, par la co-fondatrice et CEO d'Underdog, entreprise de reconditionnement de gros électroménager en France.
- Augustin Ory la classe parmi ses « coups de cœur » sous le titre « la croissance structurée » : comment bâtir « un champion français du reconditionnement d'électroménager » en un temps record.
- Il retient « un témoignage sans filtre sur la puissance du Lean pour aligner les trajectoires individuelles et collectives », qu'il juge « bluffant ». Aucun détail sur le contenu (chiffres, outils) n'a été trouvé.
Atelier
Le Lean au cœur d'un défi historique : comment Veolia - Activité Eau France a rendu la Seine aux baigneurs
Yannick Beneba — Veolia Eau France
Retours : Augustin Ory (Veolia, post LinkedIn)
- Atelier non filmé ; résumé tiré du programme et d'un seul retour, celui d'un salarié de Veolia, donc pas neutre. Yannick Beneba, directrice Lean Île-de-France de l'activité Eau, y racontait le rôle du lean dans le chantier de la baignade en Seine.
- Augustin Ory résume la méthode : « plonger dans la réalité des flux de travail et revaloriser chaque geste métier », face à « un défi historique aux allures de mission impossible ».
- Sa conclusion : « le véritable impact environnemental se gagne sur le terrain » et « le Lean n'est pas une méthode du passé, c'est l'avantage compétitif, et écologique, d'aujourd'hui ».
Mercredi 3 juin
Keynote▶ vidéo + transcript
Comment je m'oriente avec le Lean, notes d'un dirigeant de scale-up
Steve Anavi — Qonto
Retours : aucun retour participant nominatif trouvé (d'après la vidéo)
- Session de clôture. Qonto : 600 000 clients, 8 pays, environ 1 600 collaborateurs, rentable depuis 3 ans. Anavi y voit la preuve que la stratégie client, donc lean, « ça marche ».
- Il décrit trois phases du lean chez Qonto, « sans jugement ». D'abord l'insistance sur la méthode (kaizens en 6 étapes, bacs rouges), avec le risque d'en oublier l'intention. Puis des PDCA sans client ni netteté : « parfois c'est compliqué de distinguer le bon lean du mauvais lean » (Régis Medina). Aujourd'hui, un retour au modèle complet : orientation, soutien, chaîne d'aide.
- Trois défis de 2026 :
- l'IA, lue par le jidoka : « la machine code, mais c'est l'humain qui définit l'ingénierie, les règles d'ergonomie, qui va trancher les compromis ». Le kaizen permet d'essayer sans casser (« tu es en labo »). Exemples : des agents « Minions » issus d'un kaizen qui corrigent des bugs, et l'agent produit « l'Opérateur », recadré selon le principe best support is no support ;
- la réglementation, via le value engineering : « la réglementation, c'est une contrainte de conception, pas un projet » ;
- la taille : ne pas piloter par dashboards pour le client moyen, car le client veut « de l'artisanat à grande échelle ».
- Ses routines : gembas avec le codir (une contre-mesure y prenait la forme d'un fichier skill.md pour Claude), 5 colonnes, mapping rapide du lead time, A3 avec les membres du codir.
- Conclusion : 2026 est l'année « où tout se passe à la fois », et le TPS est « le truc qui ne change pas quand tout change ».
Atelier▶ vidéo + transcript
Le Lean Officer face à l'IA : vers une posture augmentée ou une perte de substance métier ?
Alexandre Guillard — ESSEC, Florian Magnani — IAE Lyon
Retours : sondage Wooclap de la salle (rapporté dans la vidéo)
- Recherche en cours.
- Une revue de littérature Scopus ne trouve que 27 articles, dont aucun ne mesure l'impact sur les acteurs lean en situation réelle.
- Elle est suivie d'une méthode Delphi : 45 experts, praticiens, consultants et chercheurs de six pays, et 26 défis tirés de la littérature.
- Sondage de la salle : 96 % d'utilisateurs de l'IA, contre environ 86 % dans un questionnaire LinkedIn d'experts.
- Résultats du 1ᵉʳ tour :
- les défis sont surtout humains (compréhension de l'IA par les utilisateurs et les dirigeants, montée en compétences, collaboration humain–IA), pas techniques ;
- le coût n'est pas jugé comme un frein ;
- l'idée que l'IA nuirait à la fonction lean est rejetée ;
- éthique et gouvernance restent des zones grises.
- Trois contradictions relevées chez les experts : un rôle jugé crucial, mais peu de réflexion sur sa propre évolution ; un besoin d'upskilling affirmé, mais le deskilling minimisé (les académiques sont plus méfiants que les praticiens) ; une collaboration humain–IA valorisée, mais une éthique non questionnée.
- En sous-groupes, la question était de savoir quels actes professionnels vont disparaître, se transformer ou émerger. Verbatims affichés : « serons-nous utiles ? », « on s'éloignera du terrain », « l'apprentissage sans friction ne crée pas de compétence ».
- Synthèse provisoire : « le terrain ne peut pas être délégué à l'IA », mais l'IA peut alléger l'administratif pour augmenter le temps de gemba. L'obstacle principal est l'écart avec ce que la direction attend de l'IA. Il faut appliquer un PDCA à l'adoption de l'IA.
Atelier▶ vidéo + transcript
Du Lean Manufacturing au Lean Engineering
Olivier Chomat — Trixell
Retours : aucun retour participant trouvé (transcript uniquement)
- Contexte : Trixell (Moirans, environ 360 personnes, 130 à 140 M€ de CA) conçoit et fabrique des détecteurs de radiographie numérique. Ses actionnaires, Philips, Siemens et Thales, sont aussi ses clients, des concurrents entre eux. Mais le vrai client final est le manipulateur radio, le chirurgien et le patient : « ce qu'on vend au bout du bout, c'est la qualité image ».
- Lean manufacturing (2016-2019) : kanban, flux tiré lissé, stop and fix au premier défaut et tableau 5 colonnes, Ishikawa général à l'entrée de l'atelier et « cours techno » donnés par les experts. Chiffres annoncés : taux de reprise de 30 % à 10 %, accidents du travail de 10 à 14 par an à zéro, absentéisme de plus de 10 % à 3 %.
- Passage au bureau d'études (2024) : il trouve une « guerre de chapelle » avec la production, des bureaux cloisonnés et des problèmes visibles seulement dans des PowerPoint. Aucun client n'était entré dans l'espace depuis une dizaine d'années. Réponse : 5S, murs d'obeya, concepts sortis des placards, et une demande à la direction de faire passer chaque visite client par le bureau d'études.
- Dispositifs apprenants : chaque matin, une demi-heure de « bad news » (clients ou atelier) pour comprendre le problème avant la solution, et un labo SAV où les produits retournés sont analysés comme des cas d'emploi. Des personnes nommées remplacent « Philips » ou « Siemens », ce qui change la discussion.
- Atelier participatif : la salle joue le bureau d'études et rédige le concept paper du successeur d'un détecteur portable (moins de 5 000 €, 1 200 unités par an). Une mise en situation avec une participante « au lit » montre qu'un produit robuste et élégant oublie le geste réel du manipulateur, qui doit le glisser sous un patient douloureux puis le retirer.
- Conclusion : « vous êtes en négociation permanente avec vos collaborateurs, et pour négocier il faut vous appuyer sur vos murs ». Aucun retour de participant n'a été trouvé pour cet atelier.
Sessions sans retour trouvé (14)
- Performance globale : pourquoi les RH sont une pièce maîtresse dans une démarche Lean ? (Tiffany Guilpain, JVWeb)
- Comment mieux écouter ses clients permet d'améliorer les résultats (Chloé Bidenbach, ACL)
- Le jeu des allumettes — atelier (Jean-François Brunet, IMV Technologies)
- 10 ans de doutes et d'apprentissages pour monter une « usine Lean » dans le service (Jonathan Vidor, JVWeb)
- Du capital humain au capital client, échange avec les auteur·e·s (M. Ballé, C. Chabiron, M.-P. Ignace, R. Medina, C. Roche, A.-L. Seltzer)
- Leannovation : le Lean comme moteur de l'innovation (Chloé Bouvel, Eurofins Analyses pour le bâtiment)
- La précision (Jean-Claude Bihr, Alliance MIM)
- À vos marques, prêt, LEAN ! Récit d'une transformation industrielle (Cyril Garambois, Bernard Controls)
- La démarche Lean au service de la fonction commerciale (Sylvain Vieuille, SEFAR)
- Animer la direction des soins du GHU avec une Obeya (Nadine Malavergne & Sara Ben Halima, GHU Paris)
- Découverte du Lean Engineering (Rémi Vallée, Relais Lean Centre-Val de Loire)
- 18 mois pour multiplier par 3 la production de radars militaires (Anne-Sophie Oulion & Xavier Courmont, Thales)
- Détecter les signaux faibles de décroissance produits grâce à l'IA (Élodie Dubois & William Barthélémy, Rendez-vous Déco)
- Comment le Lean permet de livrer 1,3 million de produits chaque jour avec plus de fraîcheur (co-présidentes de Sodebo)
Sources
- Page officielle de l'événement (Institut Lean France) (nouvel onglet) ↗
- Programme officiel (PDF) (nouvel onglet) ↗
- Les intervenants du 10e Lean Summit (nouvel onglet) ↗
- Playlist YouTube « 10e Lean Summit France - Juin 2026 » (nouvel onglet) ↗
- Vidéo « Le 10e Lean Summit France en résumé » (Christophe Riboulet et verbatims de participants) (nouvel onglet) ↗
- Vidéo « Highlights of the 10th Lean Summit » (verbatims de participants) (nouvel onglet) ↗
- Post LinkedIn d'Augustin Ory (Veolia) : « De retour du Lean Summit 2026 » (nouvel onglet) ↗
- Post LinkedIn de Julien Mansuy sur l'atelier Cousin Surgery (nouvel onglet) ↗
- Post LinkedIn de Julien Mansuy sur l'atelier La Solive (nouvel onglet) ↗
- Post LinkedIn de Noëmie Savarieau (speaker, ALOÏS) (nouvel onglet) ↗
- Billet de Charles Bourinet (blog de l'Institut Lean France) : « Lean et IA : et si le Team Leader était notre dernier rempart ? » (nouvel onglet) ↗
- Auteurs des posts et commentaires LinkedIn lus : Augustin Ory, Julien Mansuy, Noëmie Savarieau (speaker), Thibaut Martinage (speaker), Xavier Etienne, Marie Martins Semedo