avril 2025
Avril 2025 réunit six événements très différents (flux et lean, cybersécurité, JavaScript, Android, Java, éthique tech) autour d'une même prudence : l'IA est traitée comme un outil à évaluer, pas comme une promesse, et ce sont les fondamentaux (architecture, mesure, performance) qui retiennent l'attention. En toile de fond, la question de qui détient le pouvoir sur nos systèmes, des dépendances au numérique américain jusqu'au code qui fige l'organisation, traverse les scènes.
Synthèse des synthèses d'événements du mois · mise à jour le dimanche 4 octobre 2026
Synthèse du mois
L'IA, un outil à évaluer plutôt qu'une promesse
Presque tous les événements parlent d'IA, mais rarement sur le mode de l'enthousiasme.
- Démystifier : Luc Julia affirme que l'IA générale « n'existe pas et n'existera jamais », quand Monsieur Phi juge « radicalement fausse » la thèse des perroquets stochastiques ; les deux se rejoignent sur le rôle des données (Devoxx France).
- Évaluer avant d'adopter : Guillaume Laforge conclut qu'aucune technique de RAG n'est meilleure par défaut (MiXiT), et le benchmark Phare montre que des modèles bien notés peuvent halluciner ou valider des comportements dangereux (Forum InCyber).
- Un outil encore bricolé : démo Gemini qui échoue en partie dans Android Studio, projets Qonto assumés comme « hackés » avec leurs coûts et hallucinations (Android Makers).
- Disputée : FlowCon oppose l'enthousiasme de Didier Girard au scepticisme de Seb Rose sur la qualité du code, et Boavizta rappelle qu'« une IA frugale, c'est avant tout une IA qui n'existe pas » (FlowCon).
dotJS fait exception par son ton : MCP y est présenté comme le retour des mashups, avec GenAIScript et l'IA dans le navigateur via WebGPU, et les comptes rendus restent enthousiastes sans discuter la sécurité ni le coût des agents (dotJS). Guillaume Laforge relie deux scènes du mois avec des talks pédagogiques sur les LLM, à Devoxx France puis à MiXiT.
Retour aux fondamentaux de l'architecture
Le fil technique le plus net du mois : se méfier des solutions par défaut et revenir aux raisonnements de base. Cyrille Martraire en est la figure commune. À Devoxx France, son talk sur les clés de l'architecture est la session la plus mise en favori, avec l'idée que « ça change de mots mais c'est les mêmes raisonnements » (Devoxx France) ; à MiXiT, il rappelle que toute solution déplace des problèmes et qu'il faut découper par domaines métier (MiXiT). Le pattern Hive (MiXiT) et la mise en garde contre le cargo cult DDD (Devoxx France) vont dans le même sens. Android Makers montre la même question à l'échelle des grosses apps : modulariser en séparant API et implémentation, au risque de faire exploser la CI, et migrer progressivement plutôt que repartir de zéro (Android Makers). Nick Tune met en garde contre une modernisation inachevée qui laisse plus de systèmes qu'au départ (FlowCon). Côté web, plusieurs talks demandent de rendre à la plateforme ce que l'outillage a pris, comme la Navigation API à la place de la plomberie des routeurs (dotJS).
Mesurer ce qui compte
Le mois insiste sur une mesure utile, pas sur l'activité. Rachel Dubois porte ce message sur deux scènes : la vélocité est « totalement inutile » si elle n'infléchit pas la croissance (FlowCon), et il faut mesurer l'impact business de ce qu'on livre (Devoxx France). FlowCon en montre la limite avec Cdiscount, aux progrès DORA spectaculaires mais au lien avec le business non démontré (FlowCon). Côté performance, la même discipline revient : mesurer en production et regarder le P95 autant que le P50 (Android Makers), faire un test de charge sur son chemin critique (Devoxx France), ne pas confondre consommation mémoire et fuite dans Node.js (dotJS). Olivier Hamant propose un contrepoint : viser la robustesse avant la performance, garder des marges plutôt que suroptimiser (MiXiT).
Pouvoir, dépendances et souveraineté
Une question politique traverse le mois : qui peut décider, et qui peut tout éteindre ? Le Forum InCyber se tient en pleine rupture transatlantique et parle surtout de dépendance au numérique américain, avec un diagnostic partagé et des remèdes concurrents, et Max Schrems conseille un plan de repli pour les transferts de données (Forum InCyber). Ophélie Coelho demande de diagnostiquer ses dépendances numériques avant de parler de souveraineté (Devoxx France), et Benjamin Bayart de faire une analyse de dépendances avant de confier son informatique à un hyperscaler (FlowCon). FlowCon pousse la question jusque dans les équipes : le code comme « savoir et pouvoir solidifiés », et des équipes qui doivent concevoir elles-mêmes leur organisation (FlowCon). David Chavalarias l'applique aux réseaux sociaux, à choisir selon leur portabilité et leur décentralisation (MiXiT), et Kyle Simpson défend le local-first contre les données captives du Web 2 (dotJS). La sécurité de la chaîne d'approvisionnement (xz-utils, SBOM) complète ce tableau (Devoxx France).
Les sciences humaines sur scène, et la responsabilité du développeur
Plusieurs événements confient leurs keynotes à des intervenants venus d'ailleurs. MiXiT n'a que des keynotes hors du code (biologie, mathématiques sociales, design, géographie) (MiXiT) ; Devoxx France invite une sémiologue, une spécialiste de géopolitique du numérique et un philosophe (Devoxx France). La responsabilité qui en découle revient aux développeurs : Xavier F. Gouchet demande non pas « est-ce légal ? » mais « devrait-on le faire ? », et l'accessibilité y est traitée en pratique avant l'entrée en vigueur de l'EAA (Android Makers). Les conditions de travail et l'inclusion apparaissent à MiXiT (semaine de 4 jours, accidents du travail, testeurs en situation de handicap) (MiXiT), à FlowCon (pas de diversité sans inclusion, Sara Dufour) (FlowCon) et à Devoxx France (témoignages d'inclusion) (Devoxx France), tandis qu'ekino juge la diversité des speakers comme le seul point négatif de dotJS (dotJS). Au Forum InCyber, Joe Sullivan veut faire remonter la responsabilité de la sécurité jusqu'au PDG (Forum InCyber).
Les événements du mois
- FlowCon 2025 (Montrouge, 1er et 2 avril) : une conférence lean et flux qui a déplacé la question vers le pouvoir et les systèmes, avec des retours d'expérience chiffrés et un fil commun sur l'impact plutôt que l'activité.
- Forum InCyber 2025 (Lille, 1er au 3 avril) : un grand forum cyber dominé par la dépendance au numérique américain, NIS 2 pour les petites structures et un Zero Trust ramené à une « confiance contextuelle ».
- dotJS 2025 (Paris, 3 avril) : une édition anniversaire en piste unique, centrée sur le navigateur et l'appareil de l'utilisateur, avec les agents IA et la robustesse en production.
- Android Makers 2025 (Montrouge, 10 et 11 avril) : une édition très technique sur le passage à l'échelle des grosses apps, la performance mesurée, l'accessibilité et l'éthique, avec peu d'IA.
- Devoxx France 2025 (Paris, 16 au 18 avril) : l'édition « retour aux sources », qui remet l'IA à sa place d'outil et fait la part belle à l'architecture, à Java, à la sécurité et au produit.
- MiXiT 2025 (Villeurbanne, 29 et 30 avril) : des keynotes de sciences humaines sur la robustesse, les chiffres et les plateformes, et un retour aux fondamentaux de l'architecture côté tech.
Limites
Cinq des six synthèses sont signalées à reprendre (revisit) : seule Devoxx France ne l'est pas. Aucune ne s'appuie sur un post LinkedIn de participant. Le Forum InCyber repose sur des replays et de la presse sans aucun retour individuel, FlowCon et Android Makers surtout sur des transcripts avec deux blogs chacun, dotJS sur quatre articles d'agences ou de médias ; MiXiT et Devoxx France ont davantage de comptes-rendus, mais souvent d'entreprises qui commentent les talks de leurs collègues.
Tous les événements du mois
1–2mar. → mer.
FlowCon
Montrouge · Le Beffroi
FlowCon 2025 a déplacé la question du flux vers celle du pouvoir et des systèmes : qui décide, qui garde le code, qui dépend de qui. Les retours d'expérience chiffrés (Cdiscount, Esker, Evaneos, Zalando) côtoient des talks plus politiques (Bayart, Dufour, Harmel-Law, Pezziardi), avec un fil commun : mesurer l'impact plutôt que l'activité, et confier la conception du travail à ceux qui le font.
1–3mar. → jeu.
Forum InCyber Europe (FIC)
Lille · Lille Grand Palais
Sous le thème « Au-delà du Zero Trust, la confiance pour tous », le FIC 2025 s'est tenu en pleine rupture transatlantique (droits de douane annoncés le 2 avril) : la tribune a surtout parlé de dépendance au numérique américain et de souveraineté, l'ANSSI a mis en avant NIS 2 et la loi Résilience pour les petites structures, et le Zero Trust a été présenté comme une philosophie de « confiance contextuelle » plus que comme un produit.
3jeu.
dotJS
Paris · Folies Bergère
Pour ses dix ans, dotJS a fait du navigateur et de l'appareil de l'utilisateur le centre de gravité (local-first, IA via WebGPU, Navigation API, compression par dictionnaires partagés) tout en ouvrant la porte aux agents IA (MCP, GenAIScript) et à la robustesse en production (OpenTelemetry dans Deno, mémoire de Node.js).
10–11jeu. → ven.
Android Makers by droidcon
Paris · Beffroi de Montrouge
Une édition très technique et assez peu « IA » : passage à l'échelle des grosses apps (modularisation, build, dette, ownership), qualité et performance mesurées, accessibilité et éthique portées par la communauté française, l'IA restant cantonnée à des outils (Gemini dans Android Studio) et à des expérimentations assumées comme bricolées.
16–18mer. → ven.
Devoxx France
Paris · Palais des Congrès
L'édition « retour aux sources » a remis l'IA à sa place d'outil : keynotes qui démystifient (Luc Julia), contestent (Monsieur Phi) ou politisent (Coelho, Mielczareck) l'IA, et un programme où les talks les plus suivis portent sur l'architecture, la performance, la sécurité et le produit.
29–30mar. → mer.
MiXiT
Villeurbanne · CPE Lyon
Une édition dominée par des keynotes de sciences humaines (robustesse du vivant contre culture de la performance, critique des chiffres, réseaux sociaux et démocratie, design militant), prolongée côté tech par un retour aux fondamentaux de l'architecture (Martraire, pattern Hive, feature flipping) et un regard lucide sur l'IA (RAG, LLMs, interprétabilité).