juin 2025
Juin 2025 oppose deux récits de l'IA : à VivaTech, Mistral Compute et les usines à tokens font de l'infrastructure IA un enjeu de souveraineté ; dans les conférences communautaires, l'IA est tenue à distance ou abordée par sa surface d'attaque (RAG qui fuient, MCP, code à relire). Ailleurs, le mois parle craft et tests, plateformes jugées à leur adoption, autonomie numérique par l'open source, et d'une agilité qui répète que le problème n'est pas le framework mais la culture et la confiance.
Synthèse des synthèses d'événements du mois · mise à jour le samedi 3 octobre 2026
Synthèse du mois
Deux récits de l'IA : le grand plan et la distance
Le mois montre un écart net entre la scène business et les scènes communautaires.
- Le grand récit industriel : VivaTech fait de l'IA une infrastructure au même titre que l'électricité, avec le datacenter vu comme une usine à tokens, les agents (« Agentic AI is real ») et l'IA physique (VivaTech). Le même jour, Yann LeCun y tient un discours plus prudent : la planification hiérarchique reste un problème « completely unsolved ».
- L'IA hors champ : deux sessions sur une centaine au BreizhCamp, salué comme une édition « anti-spectaculaire » (BreizhCamp) ; aucune session à Agile Laval (Agile Laval) ; un seul talk à Agi'Lille, où Maxime Bonnet explique en keynote pourquoi il ne l'utilise pas (Agi'Lille) ; un seul talk sur la piste principale de leHACK, malgré un thème d'ouverture alarmiste sur la singularité (leHACK).
- L'IA débattue : à Toulouse, elle est le sujet de débat le plus récurrent, avec la crainte d'un appauvrissement réflexif et un manifeste de l'intelligence humaine pour une « utilisation saine et raisonnée » (Agile Tour Toulouse) ; à DevLille, elle est « mentionnée dans chaque conférence » d'une des éditions « les plus humaines » (Ludovic Borie) (DevLille).
- L'IA outillée et encadrée : à WAX, assistant de code choisi après cinq mois de POC, agent de revue de code qui « n'est pas magique », et une salle qui demande le coût financier et écologique que personne n'a calculé (WAX Conf).
L'IA vue par sa surface d'attaque
Quand les développeurs parlent d'IA, c'est d'abord pour en parler comme d'un risque, et les messages se recoupent d'un événement à l'autre. Les RAG fuient : Carmen Piciorus montre un chatbot interne qui restitue de vrais identifiants trouvés dans Confluence (Sunny Tech), Pedro Paniago fait le même constat à leHACK et recommande d'assainir les données avant indexation (leHACK). MCP se traite comme du code à risque : moindre privilège et validation humaine (Philippe Charrière) (Sunny Tech), gouvernance et risque d'injection (Olivier Wulveryck) (DevLille). Gaetan Eleouet casse son propre LLM en direct et conclut qu'il faut traiter le modèle comme un acteur externe non fiable (DevLille), Brian Vermeer montre que c'est le contexte du modèle (RAG, mémoire, fonctions) qui se pirate (Sunny Tech), et le BreizhCamp cite des malwares écrits avec des LLM dans de faux tests techniques de recrutement (BreizhCamp). Même VivaTech relaie, selon Ippon, l'insistance de Thomas Dohmke (GitHub) sur la vérification humaine du code produit par les agents (VivaTech).
Souveraineté affichée, autonomie pratiquée
La souveraineté est le mot du mois, mais pas avec le même sens partout. À VivaTech, elle est le récit central : on ne peut pas « outsource your intelligence » (Jensen Huang) et la France veut garder en Europe la clé des systèmes critiques ; sur le plateau de BFM Business, Fabrice Epelboin la juge pourtant illusoire (actionnaires américains, matériel Nvidia) (VivaTech). Jean-Baptiste Kempf préfère parler d'autonomie numérique : accepter l'interdépendance mais ne pas dépendre d'un seul fournisseur, avec en écho une plateforme d'IA auto-hébergée par un infogéreur dont les clients refusent les services américains (Sunny Tech). Le BreizhCamp en donne l'exemple le plus concret : les Restos du Cœur devenus cloud provider sur OpenStack, où « 1 € dépensé, c'est un repas qui n'est pas distribué » (BreizhCamp), et WAX choisit ses briques Kubernetes pour la réversibilité entre fournisseurs (WAX Conf). Revers commun : ces communs tiennent à des bénévoles, que rappellent xz-utils et la fatigue des mainteneurs (Sunny Tech) ou le collectif e18e (BreizhCamp).
Craft, tests et plateformes : des pratiques, pas des dogmes
Les conférences de développeurs convergent sur un pragmatisme assumé.
- Les tests plébiscités : à DevLille, la session la mieux notée porte sur le test de charge, et les talks qualité forment un véritable parcours, avec l'idée d'accepter l'imperfection plutôt que viser un zéro inatteignable (DevLille). « Tester c'est tricher » déconstruit la pyramide et le culte du coverage au profit de motivations explicites et du mutation testing (Sunny Tech).
- Le monolithe et les petits pas : retour du monolithe modulaire, les microservices étant « une stratégie de déploiement, pas du design » (BreizhCamp) ; refonte par strangler fig plutôt que big bang (WAX Conf) ; coût du legacy chiffré feature par feature avant de négocier un refactoring (Sunny Tech).
- Des règles comme exercices : Object Calisthenics et Elegant Objects tenus pour des exercices, pas des dogmes (BreizhCamp) ; le « ça dépend » assumé et la revue de code en mob à heures fixes (Sunny Tech).
- La plateforme jugée à son adoption : Placide mesure sa réussite au nombre de projets embarqués et traite la documentation comme partie du produit (WAX Conf) ; chez Ubisoft, la convergence vers une plateforme commune est un problème organisationnel qui demande une décision de direction (Sunny Tech).
Agilité : le problème n'est pas le framework
Les quatre scènes agiles et plusieurs scènes tech disent la même chose : la culture et la confiance comptent plus que le cadre. À Agi'Lille, trois keynotes convergent (« le problème c'est nous », Rachel Dubois), le modèle Spotify est démonté par quelqu'un qui l'a vécu et SAFe est jugé tour à tour « horreur absolue » et « good enough » (Agi'Lille). À Toulouse, SAFe n'apporte de la valeur que s'il relie le développement à la stratégie, unFIX est adapté à une TMA, et Patrice Fornalik affirme que « la gestion du changement, ça ne marche pas » tant qu'on ignore la peur de perdre ce qui compte (Agile Tour Toulouse). Agile Laval annonçait le même déplacement : habitus et jeux de pouvoir, limites de la décision collective, Flight Levels pour relier équipes et stratégie (Agile Laval). À WAX, Renaud Deconde critique durement SAFe tel qu'il l'a vécu, alors que d'autres speakers travaillent dans des DSI organisées en SAFe (WAX Conf).
La confiance est le mot qui relie ces scènes : keynote d'Assâad El Akremi sur la sécurité psychologique, la confiance et l'optimisme lucide (Agile Tour Toulouse), confiance d'équipe mesurée pour ouvrir la discussion, pas pour noter (Agi'Lille), sécurité psychologique comme « hard skill » (DevLille) ou comme condition de la revue en mob (Sunny Tech). Toile de fond inquiète : le marché agile en serait aux « laggards » (Agi'Lille), et celui des développeurs est passé « de la pénurie à la saturation » (Greg Lhotellier) (DevLille).
Responsabilité et engagement, au risque de diviser
Plusieurs événements assument une ligne engagée. DevLille ouvre sur un spectacle en « féminine universelle » et une keynote écologique, la plus clivante de l'édition : un participant juge qu'une keynote « à visée sociétale » n'a rien à faire là (DevLille). Le BreizhCamp traite accessibilité (European Accessibility Act), masculinités, management par les pairs et dette environnementale du code (BreizhCamp) ; Toulouse fait place à la neuroatypie, au sexisme et au validisme (Agile Tour Toulouse) ; à leHACK, Jayson E. Street rappelle que la sécurité des femmes en conférence reste un problème en 2025 (leHACK). Côté sobriété, WAX montre que la zone et la mutualisation pèsent plus que l'optimisation du code dans l'empreinte du cloud (WAX Conf), et Agi'Lille invite à soustraire : déclin fonctionnel traité comme une dette, rituel de suppression de fonctionnalités (Agi'Lille).
Les événements du mois
- VivaTech 2025 (Paris, 11 au 14 juin) : l'édition de Mistral Compute, où la souveraineté de l'infrastructure IA devient le récit central et où l'IA passe aux agents et à l'IA physique.
- Agile Laval 2025 (12 juin) : une journée de proximité centrée sur l'humain, la décision collective et les jeux sérieux, sans aucune session sur l'IA.
- Agile Tour Toulouse 2025 (Balma, 12 et 13 juin) : deux jours de forum ouvert en « labo agile », portés par la confiance et l'optimisme lucide, où l'IA a été débattue plutôt que célébrée.
- DevLille 2025 (Lille, 12 et 13 juin) : une première édition sous ce nom très craft et très humaine, où les tests sont plébiscités et où deux keynotes engagées divisent.
- WAX Conf 2025 (Aix-en-Provence, 24 juin) : une journée 100 % REX sur l'industrialisation cloud native, la mesure de l'empreinte du cloud et une IA outillée.
- Agi'Lille 2025 (Lille, 25 au 27 juin) : une édition très « transformation », qui démonte Spotify et SAFe copiés sans leurs valeurs et invite le produit à soustraire.
- BreizhCamp 2025 (Rennes, 25 au 27 juin) : une édition artisanale et peu IA, entre monolithe modulaire, accessibilité, sobriété et la keynote des Restos du Cœur.
- Sunny Tech 2025 (Montpellier, 26 et 27 juin) : l'autonomie technique, de l'open source à la sécurité des usages de l'IA, avec des pratiques d'équipe pragmatiques.
- leHACK 2025 (Paris, 27 et 28 juin) : une convention de technique pure, Active Directory en tête, vécue la nuit autour du wargame.
Limites
Huit des neuf synthèses sont signalées à reprendre (revisit) : seul l'Agile Tour Toulouse s'appuie sur une trentaine de posts LinkedIn, positifs par construction. Agile Laval ne repose que sur son programme, et WAX sur les seuls talks filmés ; VivaTech s'appuie surtout sur la communication officielle et la presse ; DevLille, Sunny Tech, le BreizhCamp et Agi'Lille reposent sur des blogs d'ESN, de sponsors ou de speakers et sur des transcripts ; leHACK sur des comptes-rendus de cabinets et d'écoles venus pour le wargame. Sur l'ensemble du mois, ces synthèses disent davantage ce qui a été dit sur scène que ce que le public en a retenu.
Tous les événements du mois
11–14mer. → sam.
VivaTech
Paris · Paris Expo Porte de Versailles (halls 1 et 2.2, Dôme de Paris ; NVIDIA GTC Paris en hall 7.3)
VivaTech 2025 a été l'édition de Mistral Compute : la keynote de Jensen Huang et la session avec Emmanuel Macron et Arthur Mensch ont fait de la souveraineté de l'infrastructure IA (calcul, cloud, puces) le récit central, pendant que l'IA, désormais présente chez 40 % des exposants, passait de la promesse aux agents et à l'IA physique.
12jeu.
Agile Laval
Laval · IUT de Laval
Une 11e édition de proximité, centrée sur l'humain plus que sur les frameworks : transformation, décision collective, management, relation au travail et jeux sérieux, sans aucune session consacrée à l'IA.
12–13jeu. → ven.
Agile Tour Toulouse
Toulouse · La Grainerie (Balma)
Un forum ouvert de deux jours placé sous le signe de l'expérimentation, où la keynote d'Assâad El Akremi sur la confiance et l'optimisme lucide dans un monde BANI a donné le ton, et où l'IA dans les équipes agiles a été le sujet de débat le plus récurrent.
12–13jeu. → ven.
DevLille
Lille · Lille Grand Palais
Une première édition sous le nom DevLille très « craft » et très humaine : l'IA est partout mais abordée sous l'angle de la sécurité, de l'enseignement et de l'architecture, les sessions les mieux notées parlent de tests, de qualité et de culture d'équipe, et deux keynotes engagées (langue inclusive, écologie) divisent le public.
24mar.
WAX Conf
Aix-en-Provence · thecamp, 550 rue Denis Papin
Une journée 100 % retours d'expérience où l'on industrialise à l'échelle (2 000 clusters Kubernetes, 400 projets CI/CD, 200 applications OpenShift), où l'on mesure l'empreinte du cloud avant de la réduire, et où l'IA générative apparaît outillée et encadrée (assistant de code maison, revue de code par agent, transcription Whisper) plutôt que magique.
25–27mer. → ven.
Agi'Lille (Nord Agile)
Lille · Université Catholique de Lille (bâtiment Michel Falise)
Une édition très « transformation » : de Spotify vu de l'intérieur à Lectra, AXA ou une DSI ops bancaire, les speakers martèlent que le problème n'est jamais le framework mais la culture, les dirigeants et le dialogue, et que copier un modèle (Spotify, SAFe) sans ses valeurs produit du « fake agile ».
25–27mer. → ven.
BreizhCamp
Rennes · Université de Rennes, campus de Beaulieu
Un BreizhCamp résolument artisanal et peu porté sur l'IA (deux sessions seulement) : craft et architecture modulaire, accessibilité, sécurité et sobriété dominent, et la keynote des Restos du Cœur devenus « cloud provider » open source donne le ton, « 1 € dépensé, c'est un repas qui n'est pas distribué ».
26–27jeu. → ven.
Sunny Tech
Montpellier · L'Institut Agro Montpellier
Sunny Tech 2025 a tourné autour de l'autonomie technique : souveraineté et open source (keynote de Jean-Baptiste Kempf, IA auto-hébergée, xz-utils), sécurité des usages de l'IA (MCP, RAG, keynote de Brian Vermeer) et pratiques d'équipe pragmatiques (tests, legacy, revue de code en mob), le tout dans une ambiance estivale saluée par les rares retours publics.
27–28ven. → sam.
leHACK
Paris · Cité des Sciences et de l'Industrie
Sous un thème d'ouverture alarmiste sur l'IA, leHACK 2025 est resté une convention de technique pure : Active Directory et Windows toujours au centre, retours de terrain sans filtre marketing, et une nuit de wargame que les participants racontent comme le cœur de l'expérience.