Synthèse du mois · 14 événements synthétisés

novembre 2025

Quatorze éditions, de Gardanne au Grand Palais, disent la même chose sous des angles différents : l'IA amplifie ce qui existe, elle ne décide pas, sa fiabilité vient de l'ingénierie qui l'entoure, et ni un modèle, ni un framework, ni une méthode ne font la transformation. La valeur vient de la qualité interne et des basiques tenus dans la durée, et la souveraineté se ramène partout à la maîtrise de ses dépendances, de ses coûts et de son énergie.

Synthèse des synthèses d'événements du mois · mise à jour le vendredi 9 octobre 2026

Synthèse du mois

L'IA regardée sans naïveté

L'IA est présente partout mais rarement célébrée pour elle-même. Plusieurs scènes la décrivent comme un amplificateur : elle renforce les forces comme les dysfonctionnements d'une équipe (Chris Simon et Kevlin Henney citant DORA, NewCrafts Paris), et la technologie est « simple » quand le changement est difficile, sans IA d'entreprise « plug and play » (Adopt AI). Côté dev, elle sert de reviewer plutôt que de builder en UX (Codeurs en Seine), d'aide à la revue de code qui ne remplace pas la relecture humaine, puisque PR-Agent ne voit que le diff (DevFest Strasbourg), et d'outil qui « retire des barrières techniques » ; le vibe coding y est présenté comme un rôle de « directeur » qui doit relire mieux que l'IA n'écrit (DevFest Paris).

Le retour le plus détaillé sur un agent en production montre surtout de l'ingénierie autour du LLM : recherche dans le vrai catalogue, LLM évaluateur contre les hallucinations (DevFest Lyon). DevFest Paris en aligne plusieurs exemples : des sous-titres Gemini exploitables seulement après découpage de l'audio, sortie JSON et second passage (« it's not magic »), une gateway d'API pour reprendre le contrôle sur le « sprawl » des POC GenAI (logs, routage entre modèles, filtrage, cache sémantique), et des agents d'astreinte dont le promoteur admet que la confiance n'y est pas encore (DevFest Paris). Amadeus en donne la mesure sur un agent vocal de centre d'appels : 80 % du temps de l'équipe n'a rien à voir avec l'IA (téléphonie, API pensées pour des écrans, voix traitée comme donnée biométrique, LLM-as-a-judge maison faute d'outil de test), et Club Med conçoit d'emblée son assistant en multi-agents, avec un contrôle de pertinence contre les hallucinations (Adopt AI). dotAI en fait le fil de sa journée : un logiciel ne doit pas tomber « 5 % du temps » parce qu'il appelle un modèle, d'où des sorties typées (Vaibhav Gupta) ou contraintes au niveau du token (Rémi Louf), des petits modèles locaux pour les tâches ennuyeuses, validés par schéma, lint et tests avant qu'un humain valide la PR (Fabien Potencier), et le constat qu'un agent de production n'en est qu'au « niveau 2 » d'autonomie : « ne licenciez pas votre équipe SRE » (Alex Palcuie) (dotAI). Au Tech Show Paris, L'Oréal versionne datasets, prompts et évaluations dans la CI/CD et bloque la release sous un seuil, le panel DevAIops situe les gains dans l'IA chaînée sur tout le cycle plutôt que dans l'IDE, et la revue humaine reste présentée comme la condition de la confiance (Tech Show Paris). À Strasbourg, plusieurs talks plaident pour des modèles plus petits ou plus proches : Gemini Nano exécuté dans Chrome sans requête réseau, mais dont il ne faut pas attendre les performances d'un gros modèle (Maud Nalpas), petits modèles fine-tunés en LoRA qui battent un modèle généraliste sur une tâche ciblée (Paul O'Mahony), tandis que la session Microsoft sur les tests avec Copilot reste un discours d'éditeur en démos préenregistrées (DevFest Strasbourg).

L'inquiétude porte sur l'apprentissage. À Bordeaux, trois comptes-rendus retiennent la question des juniors, privés des tâches formatrices : Horacio Gonzalez déplace le métier de la syntaxe vers le jugement, et Sully Group y lit un « tri-programming » senior, junior et IA où le senior se concentre sur l'esprit critique et la pédagogie (BDX I/O). À NewCrafts, Kevlin Henney craint une déqualification quand disparaît la friction qui fait apprendre, et Chris Simon cite l'étude METR, tout en reconnaissant qu'elle contredit d'autres témoignages (NewCrafts Paris). Gaël Varoquaux le dit en live coding : « l'IA de code ne nous sauve pas », un code généré qu'on ne comprend pas reste un passif (dotAI), et Olivier Azeau montre en direct des LLM qui récitent SOLID mais l'appliquent mal, d'où la consigne de garder la main sur la conception (DevFest Toulouse). Côté agile, des équipes qui avaient généré leurs user stories par IA ne savaient plus défendre le besoin, et l'idée d'agents membres d'une équipe a été contestée dans la salle ; Mehdi Moussaïd voit plutôt l'IA comme un partenaire aux erreurs différentes, des groupes hybrides médecins + IA battant médecins seuls et IA seules (Agile Grenoble). Au Capitole du Libre, l'IA reste un sujet parmi d'autres (trois conférences sur plus de 90), avec une présentation affichée « Garantie sans IA » et un plaidoyer pour surveiller les modèles après déploiement dont l'auteur reconnaît que l'outillage libre reste un patchwork sans standard (Capitole du Libre) ; à DevFest Toulouse, les replays montrent un ton plus pédagogique que promotionnel (tokens, non-déterminisme, confabulation des LLM), et un participant revenu après six ans dit avoir « presque échappé à la hype IA » (DevFest Toulouse) ; et à Bordeaux un live coding sans IA ni IDE est salué comme une respiration (BDX I/O). Même le fournisseur qui fait de l'IA le fil rouge de sa keynote parle d'« incompréhension totale sur les business models » et doute de la rentabilité des GPU (OVHcloud Summit), et au Tech Show Paris, une table ronde sur le financement des data centres entend rappeler qu'être dans l'IA n'autorise pas à « écrire de la science-fiction » (Tech Show Paris).

Pas de recette toute faite : ni modèle, ni framework, ni méthode

Des mondes qui se croisent peu arrivent à la même conclusion. À Adopt AI, la valeur de l'IA vient de la refonte des processus de bout en bout, du contexte et des données, pas du modèle ; les grands groupes y partagent le même playbook (assistant généraliste, formation massive, ambassadeurs, dialogue social en amont), et sur la scène voyage un participant retient qu'« on ne peut pas automatiser le chaos » : processus clairs et données propres d'abord, d'où le rôle de « process designer » créé par Club Med (Adopt AI). dotAI dit la même chose à l'échelle de l'équipe data : des agents ne tirent des insights qu'avec des modèles de données propres et une documentation stricte (Claire Gouze), et plus de 90 % des organisations échoueraient à passer leurs agents du PoC à la production selon Databricks (dotAI) ; à DevFest Paris, « un bon prompt, c'est 10 % de technique mais c'est 90 % de métier » (DevFest Paris). À Agile Grenoble, la critique vise l'agilité de façade : rituels en pilote automatique, transformations gérées comme des projets, SAFe plaqué sur les anciennes BU, et Mehdi Moussaïd rappelle en keynote qu'aucune méthode d'intelligence collective n'est universelle : le vote majoritaire excelle sur un problème de logique mais échoue quand les erreurs sont corrélées (Agile Grenoble). NewCrafts prolonge la critique : Romeu Moura s'en prend aux modèles de maturité et aux processus qui servent à fuir la responsabilité de décider, Gien Verschatse consacre une keynote à la décision, et Pauline Jamin et Thomas Pierrain montrent comment agrégats et événements deviennent des marteaux dorés (NewCrafts Paris). À Bordeaux, Scrum est présenté comme un business et une identité professionnelle plus que comme une solution universelle, et Gitflow est confronté à GitButler (BDX I/O). Le programme d'Aix-Marseille, connu surtout par ses descriptifs, cherche aussi l'essentiel derrière les cadres : intelligence émotionnelle, agilité perdue avec la croissance de l'entreprise, sens partagé du collectif (Agile Tour Aix-Marseille). Et même au Tech Show Paris, salon d'infrastructure, une session rappelle que l'inefficacité de livraison est rarement technique mais un problème de flux : trop de WIP, ownership flou, projets zombies (Matthieu Sénéchal) (Tech Show Paris).

Ces scènes se méfient aussi des indicateurs. La loi de Goodhart est citée à Grenoble (lignes de code, vélocité, « pourcentage d'utilisation de l'IA ») comme à Paris (quality gate à 80 %) (Agile Grenoble, DevFest Paris), et Kevlin Henney rappelle qu'une couverture à 100 % peut ne rien tester (NewCrafts Paris). Adopt AI, à l'inverse, réclame un ROI mesuré dès le départ (« ROAI »), et Pernod Ricard exige un impact sur le P&L, car additionner 0,5 % de temps gagné ici et 0,3 % là ne se voit pas au compte de résultat ; il limite aussi son portefeuille à 8 projets et fait des MVP plutôt que des POC (Adopt AI). À DevFest Toulouse, Rachel Dubois oppose la vélocité des équipes agiles à leur incapacité à mesurer un impact, et décrit des équipes qui partent des métriques et suppriment ce qui ne sert pas (« anti-roadmap ») (DevFest Toulouse). Le Capitole du Libre entend le conseil inverse de Nicolas Vivant, qui raconte la migration d'Échirolles : renoncer aux objectifs chiffrés (Capitole du Libre). Au Tech Show Paris, la responsabilité IA doit au contraire devenir quantifiable (pistes d'audit, suivi carbone, indicateurs à côté des KPI financiers) (Tech Show Paris).

La qualité interne et les basiques, jusqu'en prod

Le socle le plus explicite vient de NewCrafts : sacrifier la qualité interne pour aller vite finit par ralentir (Chris Simon), et la vraie intégration continue exige tests automatisés, code découplé et très petits pas (Clare Sudbery), même si le trunk-based development a été contesté en questions (NewCrafts Paris). Les REX d'autres scènes vont dans le même sens avec des pratiques simples appliquées avec constance : feature flags posés avant le code, découpage vertical, WIP limité (de 70 à 3 bugs ouverts en un an) (Codeurs en Seine) ; testabilité pensée dès la conception, example mapping et BDD (Agile Grenoble) ; « clean-athons » pour supprimer code et dépendances obsolètes (Tech Show Paris). DevFest Paris en fait une série de REX de production où reviennent les mêmes réflexes : mesurer avant d'optimiser (un seul contexte Spring pour des tests d'intégration rapides, protégé par un test), déployer souvent plutôt qu'après un code freeze, ne pas cacher les erreurs, et regarder d'abord si l'outil ou le fournisseur règle déjà le problème (DevFest Paris). La data science n'y échappe pas : son code est « spaghetti », et séparer fit et transform suffit à éviter un modèle cassé (dotAI).

Le run et le « sous le capot » ont aussi leur public : « restaurer le service avant de corriger le bug » et « un bon run, c'est avant tout un bon build » (logs structurés, alertes sur métriques), /proc et strace quand la supervision manque (DevFest Strasbourg) ; l'astreinte décrite par ses travers (alertes en sourdine, dépendance à un « héros ») et une politique « zéro alerte » bruyante (DevFest Paris) ; une enquête jusqu'au noyau Linux et du test de charge « as code » avec Gatling (DevFest Lyon), outil dont Takima montre à Toulouse qu'un test se monte en 45 minutes et fait tomber l'appli de démo vers 11 utilisateurs concurrents (DevFest Toulouse) ; un millier de serveurs Debian maintenus en gardant les mises à jour majeures manuelles, et Ceph rappelé comme n'étant pas une sauvegarde, les pertes de données venant surtout d'erreurs humaines sous le coup de la panique (Capitole du Libre) ; Kafka 4, moteur JavaScript et Kubernetes sous toutes ses formes (BDX I/O) ; la machine virtuelle d'Another World lue comme une leçon d'abstraction toujours valable (DevFest Toulouse). Un ordinateur 8 bits construit transistor par transistor relève du même goût (DevFest Paris), comme la démo d'outils CLI pour LLM composés en pipe façon Unix, qui a « réveillé le nerd » d'un participant (dotAI). DevFest Strasbourg en fait un fil : comprendre ce que font les outils plutôt que les empiler, en démontant l'IDE (lexer, Tree-sitter, Language Server Protocol), en reconstruisant un Chip-8 en C++, en recensant ce que Node.js fait nativement pour se passer de dépendances npm ou en détaillant un pipeline de migration RPG vers Python. Ses REX assument leurs limites : une chorégraphie d'événements moins lisible qu'une orchestration, l'équivalence d'une application migrée qui reste « le problème majeur », un bot de poker qui finit à 0 € (DevFest Strasbourg).

Sécurité : des LLM aux failles classiques

La sécurité des LLM revient dans plusieurs programmes. Gaetan Eleouet montre en direct les 10 failles OWASP des LLM et traite la sortie d'un modèle comme une entrée utilisateur non fiable (Codeurs en Seine), talk également au programme de DevFest Strasbourg. Brian Vermeer (Snyk) démontre qu'on ne pirate pas le modèle mais son contexte (RAG empoisonné, fausse mémoire) en passant par des failles classiques comme l'injection SQL ou le path traversal (DevFest Paris). À Toulouse, Didier Plaindoux et Ionut Mihalcea pseudonymisent les prompts en local et préviennent que MCP ouvre « les portes de l'enfer » de l'injection (DevFest Toulouse). Les remèdes convergent : garde-fous en entrée et en sortie, moindre privilège sur les outils et le MCP, humain dans la boucle. L'IA sert aussi l'attaque et la défense : des réseaux d'agents qui se relisent auraient trouvé des failles réelles dans Dust et des zero-days sur Tor, selon le speaker (dotAI), et Crédit Agricole résume la posture face à l'IA défensive par « faire confiance mais vérifier » (Tech Show Paris).

La sécurité applicative tout court intéresse autant : la session de sécurité offensive de Florian Toulemont est la plus citée des comptes-rendus bordelais (BDX I/O), et à Paris, Daniel Garnier-Moiroux rappelle que les passkeys ne sont pas de la biométrie mais de la cryptographie liée au domaine, d'où leur résistance au phishing, en conseillant de vérifier d'abord si son fournisseur d'identité les propose déjà (DevFest Paris). Le Tech Show Paris déplace le regard vers l'organisation : templates d'API qui embarquent authentification et logs, facteur humain travaillé par des démonstrations d'attaque « sans punir », NIS2 et DORA traitées comme une gouvernance intégrée plutôt qu'une checklist, et la géopolitique entrée dans l'analyse de risque (Tech Show Paris).

Accessibilité, UX et inclusion

Le mois donne une place inhabituelle à l'accessibilité, souvent portée par des speakers concernés. Luca Chapiteau, aveugle, démontre en direct des parcours inutilisables au lecteur d'écran et chiffre à 5 à 10 % le surcoût d'une accessibilité prévue dès le départ (Codeurs en Seine). Emmanuelle Aboaf, développeuse sourde, rappelle que les tests automatisés ne couvrent qu'environ 30 % des critères (DevFest Paris), et Vanessa Strub et Gabriel Pillet que cocher les cases de conformité ne suffit pas (DevFest Lyon). Au Capitole du Libre, l'UX devient l'angle mort reconnu du libre : intégrer des profils UX (« utile, utilisable, utilisé »), le « Content First » contre les interfaces « horribles », l'accessibilité comme condition de la « liberté zéro » (Capitole du Libre). À Bordeaux, Josiane Makelele propose d'animer « sans polluer, sans exclure » (CSS plutôt que JavaScript, prefers-reduced-motion), formule reprise par Sully Group : « il faut animer le sens, pas la déco » (BDX I/O).

L'inclusion déborde l'écran : handicap invisible en réunion (Codeurs en Seine), piste « Hors-piste » sur l'inclusion et le recrutement, dont les micro-pratiques de leadership inclusif de Christelle Bordon (laisser des silences aux plus réservés) (BDX I/O), environnements toxiques et auto-organisation (NewCrafts Paris), Kubernetes expliqué en dessins parce que « on est tous différents », par une speakeuse qui bégaie et fêtait ses dix ans de prise de parole (DevFest Paris). Le Tech Show Paris lui consacre plusieurs tables rondes, où la « fatigue de l'inclusion » est nommée ouvertement, où des pipelines de recrutement écartent des femmes qualifiées avant l'entretien, et où 95 % des grandes plateformes d'IA gèrent moins de 100 langues (Tech Show Paris).

Souveraineté et sobriété : maîtriser ses dépendances, ses coûts et son énergie

La souveraineté traverse le mois à plusieurs échelles, avec un désaccord sur le mot lui-même. À Adopt AI, elle est politique : « préférence européenne », agnosticisme de modèle, partenariats avec Mistral (Adopt AI). À Rouen, Quentin Adam en fait un enjeu d'industrialisation et appelle les ingénieurs à interpeller leurs élus, seule session de la journée à susciter une réaction sur Bluesky (« un très bon talk »), après la mise en ligne de sa vidéo (Codeurs en Seine). Au Capitole du Libre, pas de vraie souveraineté sans logiciel libre, et plusieurs intervenants préfèrent parler de dépendance, de liberté ou d'autonomie (Capitole du Libre). Octave Klaba prévient au contraire qu'« en entreprise, on ne parle pas de souveraineté » mais de sécurité, de conformité et de budget ; ce sont ses clients qui portent le mot, en termes de maîtrise des dépendances, pour certains SecNumCloud est surtout un sésame commercial vers le secteur public, et un client la cite comme « un argument qui fait mouche » auprès de ses propres clients (OVHcloud Summit). SecNumCloud apparaît aussi dans des sessions d'ESN à Bordeaux (BDX I/O). Le Tech Show Paris en fait son fil rouge et tranche dans le même sens que Klaba : pour OVHcloud, la souveraineté relève de la gestion du risque, pas du badge ; BPCE place chaque charge selon sa sensibilité ; la DINUM la définit comme une capacité juridique de l'État ; et l'Europe reste une « colonie numérique » pour l'Institut CSA (Tech Show Paris). Varoquaux ajoute un angle rarement entendu : la pile ML repose sur une infrastructure publique (Inria, bénévoles) qu'il faut financer (dotAI). La dépendance se voit aussi aux migrations subies : XWiki raconte cinq ans de départs de Confluence déclenchés par la fin des offres auto-hébergées d'Atlassian, où le frein est le risque plutôt que le prix, et l'OSPO de Thales outille la gouvernance de l'open source avec le Cyber Resilience Act en ligne de mire (Capitole du Libre) ; à l'OVHcloud Summit, Inetum relie sa « factory » de migration au rachat de VMware par Broadcom (OVHcloud Summit). Au ras du code, la dépendance passe aussi par les licences : vérifier leur compatibilité avant de mélanger, se méfier des changements de licence (Elasticsearch, MongoDB), et savoir qu'une licence « éthique » n'est pas open source (DevFest Paris).

La même logique de maîtrise s'applique aux coûts. Le cloud des Restos du Cœur est présenté dans deux événements toulousains : monté par des bénévoles sur des serveurs donnés, avec une règle simple, un euro dépensé, c'est un repas en moins (Capitole du Libre), et retenu parmi les talks d'infra tournés vers la réduction des coûts (DevFest Toulouse). Échirolles revendique 350 000 € d'économies par an après sa migration vers le libre (Capitole du Libre), et DevFest Toulouse est lu par ses participants sous l'angle de la sobriété face à « une débauche de moyens pour le moindre logiciel », fil qui se retrouve sur scène quand Olivier Bierlaire chiffre l'empreinte carbone de l'IA et demande un étiquetage énergétique des modèles (DevFest Toulouse). Au Tech Show Paris, le FinOps s'intègre dès l'architecture par des templates imposés (Air France, ENGIE Digital) (Tech Show Paris).

Pour l'IA, Peaksys détaille ce que coûte le raisonnement des nouveaux modèles, Octo rappelle son empreinte eau et carbone, et la keynote invoque les limites physiques (électricité, cuivre), inquiétude partagée par le compte-rendu d'Ekino (BDX I/O) ; DevFest Strasbourg ajoute un fil numérique responsable : keynote Fairphone et Commown, et un vieux smartphone Android recyclé en agent Jenkins, au nom du chiffre de l'ADEME selon lequel 84 % de l'impact d'un téléphone vient de sa fabrication (DevFest Strasbourg). Ces limites prennent des chiffres au Tech Show Paris : 14 GW de projets de data centres en attente de raccordement chez RTE, des délais de six ans, des riverains inquiets et une pénurie de techniciens (Tech Show Paris). dotAI les regarde depuis le modèle : mur de la mémoire, inférence qui pèserait 80 % de l'énergie de l'IA (avec le risque d'effet rebond), petits modèles préférés aux modèles frontière pour le coût et la planète (dotAI).

Les événements du mois

Deux événements communautaires signalent la fragilité de leur modèle économique : NewCrafts annonce une pause en 2026 faute d'équilibre financier, et l'Agile Tour Aix-Marseille vit sa dernière édition organisée par Esprit Agile, faute de sponsors. BDX I/O montre la même dépendance de l'intérieur : sa keynote de clôture, un quiz, révèle que 52 % des recettes 2024 venaient des sponsors, pour une conférence organisée exclusivement par des bénévoles.

  • Tech Show Paris 2025 (Porte de Versailles, 5–6 novembre) : cinq salons sous un même badge, où la souveraineté devient une discipline d'architecture et où les data centres butent sur le réseau électrique et l'acceptabilité locale.
  • dotAI 2025 (Paris, 6 novembre) : une journée sur la fiabilité de l'IA en production, qui ramène agents et LLM à des types, des contraintes et des vérifications.
  • Agile Tour Aix-Marseille 2025 (Gardanne, 6 novembre) : une dernière édition annoncée un mois avant, après l'échec d'un billet à 5 euros, avec un programme tourné vers l'humain et le collectif.
  • NewCrafts Paris 2025 (6–7 novembre) : un programme qui se lit comme un fil unique sur l'excellence technique, avec l'IA en révélateur plutôt qu'en vedette, et une pause annoncée pour 2026 faute d'équilibre financier.
  • BDX I/O 2025 (Bordeaux, 7 novembre) : une dixième édition de plus de 1000 personnes, où l'IA est chiffrée sans enthousiasme naïf, où le socle technique reste le cœur et qui dévoile ses coulisses financières en clôture.
  • DevFest Toulouse 2025 (Labège, 13 novembre) : 55 sessions généralistes, lues par ses rares participants publiés sous l'angle de la sobriété et de la réduction des coûts, et dont les replays montrent une IA expliquée plutôt que célébrée et un appel à mesurer avant de livrer.
  • Capitole du Libre 2025 (Toulouse, 15–16 novembre) : le libre assumé comme projet politique, des migrations racontées par ceux qui les font, des sessions qui traitent le libre comme un métier d'exploitation et de gouvernance, et 1 400 participants.
  • Agile Grenoble 2025 (19–21 novembre) : « L'agilité et au-delà », une critique argumentée de l'agilité de façade et deux keynotes venues du vivant et de la science, dont celle de Mehdi Moussaïd sur l'intelligence collective, seule session à avoir laissé des réactions écrites.
  • Codeurs en Seine 2025 (Rouen, 20 novembre) : une journée gratuite et éclectique, avec une IA critiquée plutôt que vantée et trois keynotes hors code.
  • OVHcloud Summit 2025 (Paris, 20 novembre) : le retour d'Octave Klaba, l'IA vue depuis l'infrastructure et une souveraineté portée par les clients plus que par le fournisseur.
  • DevFest Paris 2025 (21 novembre) : un DevFest à taille humaine chez Epitech, entre ordinateur 8 bits, sécurité des applications LLM et « méta-lois », dont les talks non IA sont surtout des REX de production (SSR Angular, tests Spring, passkeys, dbt et SQLMesh).
  • Adopt AI 2025 (Paris, 25–26 novembre) : la première édition d'un sommet business de l'IA au Grand Palais, qui fait de l'adoption, et non de la technologie, le vrai goulot, et dont les scènes voyage et retail racontent le passage du POC à la production (Amadeus, Club Med, Pernod Ricard, Back Market).
  • DevFest Strasbourg 2025 (27 novembre) : une journée craft et généraliste, connue par les transcripts de ses 18 talks filmés, avec un bloc observabilité et run, des talks qui démontent les outils et un fil numérique responsable.
  • DevFest Lyon 2025 (28 novembre) : une première édition saluée pour son organisation, centrée sur l'IA appliquée et un web qui se rapproche du natif.

Limites

Les quatorze éditions synthétisées du mois sont intégrées, et douze restent signalées à reprendre (revisit), BDX I/O et le Capitole du Libre ne l'étant plus : plusieurs reposent surtout sur des transcripts et des programmes (DevFest Strasbourg, dont les 18 talks filmés sont transcrits mais qui n'a aucun retour de participant ni vidéo de ses keynotes ; Agile Grenoble, dont les seuls retours écrits sont deux posts courts d'un organisateur et d'un speaker sur la keynote de Mehdi Moussaïd ; Codeurs en Seine, où une seule réaction Bluesky a été trouvée ; DevFest Paris, dont 14 sessions sur 17 ne sont connues que par leur transcript et le seul compte-rendu vient d'un speaker ; NewCrafts, dont les seules voix extérieures sont des speakers sur LinkedIn, Bluesky et Mastodon ; dotAI, qui ne compte qu'un blog et un fil Bluesky de participants), DevFest Lyon n'a pas été filmé et ne compte que trois blogs, un article de sponsor et un fil Mastodon, DevFest Toulouse ne compte que trois billets de blog et onze transcripts, sans transcript ni retour sur ses sessions front, tests et sécurité, l'OVHcloud Summit n'a aucun post LinkedIn de participant et seulement des retours indirects (Next.ink, une analyse Substack faite d'après le replay, deux posts Bluesky), et l'Agile Tour Aix-Marseille n'est connu que par des sources antérieures à l'événement (3 sessions sur 33, d'après les descriptifs du sponsor qui les donnait). Elles décrivent donc ce qui a été dit, ou annoncé, sur scène plus que sa réception. Les biais diffèrent d'une édition à l'autre : parole de dirigeants et de fournisseurs à Adopt AI (deux comptes rendus de participants seulement, scènes santé, finance et industrie non couvertes) et à l'OVHcloud Summit (dont les interviews clients sont des vidéos tournées par OVHcloud), comptes-rendus du média de l'organisateur au Tech Show Paris, talks d'éditeurs aux chiffres invérifiables à dotAI, comptes-rendus d'ESN sponsors à BDX I/O, retours venus presque tous de Mastodon et d'une communauté militante au Capitole du Libre, où les 17 transcripts restituent le discours des speakers, dont plusieurs éditeurs, plus que la réception.

Tous les événements du mois

5–6mer. → jeu.

Tech Show Paris

Paris · Paris Expo Porte de Versailles (Hall 7.1)

La souveraineté a cessé d'être un slogan pour devenir une discipline d'architecture et de gestion du risque, du data centre (réseau électrique saturé, acceptabilité locale) jusqu'au pipeline DevOps (FinOps, agents, LLMOps), avec la confiance et la gouvernance présentées comme le vrai avantage compétitif européen.

Dev39 sessions résumées

6jeu.

Agile Tour Aix-Marseille

Gardanne · École des Mines de Saint-Étienne, Gardanne

Une dernière édition annoncée comme telle, faute de sponsors et d'inscrits payants, dont le programme (33 sessions) penchait vers l'humain et le collectif : intelligence émotionnelle, sens du travail ensemble, préserver l'agilité quand l'entreprise grandit.

Agile3 sessions résumées

6jeu.

dotAI

Paris · Folies Bergère

Une journée sur la fiabilité de l'IA en production : typer et contraindre les sorties des LLM (Gupta, Louf), confier aux petits modèles les tâches ennuyeuses (Potencier), faire collaborer des agents qui se vérifient entre eux (Polu), tout en rappelant que l'humain reste dans la boucle et que l'autonomie des agents en production n'en est qu'au niveau 2 (Palcuie).

IA14 sessions résumées▶ 13 vidéos

6–7jeu. → ven.

NewCrafts Paris

Paris · New Cap Event Center

Une édition resserrée sur le retour aux fondamentaux du craft (qualité interne, TDD, trunk-based development, décision et modélisation) face à l'IA présentée comme un amplificateur qui ne remplace pas la théorie du programme portée par l'équipe, et la dernière avant une pause de NewCrafts en 2026.

Dev24 sessions résumées▶ 23 vidéos

7ven.

BDX I/O

Bordeaux · Palais des Congrès de Bordeaux

Pour ses dix ans, BDX I/O a placé l'IA au centre sans en faire un sujet unique : une keynote sur l'impossibilité de prédire le futur, un développeur qui passe de la syntaxe au jugement, des REX chiffrés sur le coût (réel et carbone) des LLM, et à côté, des sessions très techniques et sans IA (Kafka 4, Kyverno, live coding de labyrinthes) parmi les plus saluées.

Dev25 sessions résumées▶ 25 vidéos

13jeu.

DevFest Toulouse

Labège · Centre de Congrès et d'Exposition Diagora

Un DevFest généraliste à six salles où les rares retours publiés dessinent un fil conducteur inattendu : la sobriété logicielle, de l'architecture d'Another World (1991) au backend tout-Postgres et à l'IA locale sans LLM géant.

Dev17 sessions résumées▶ 17 vidéos

15–16sam. → dim.

Capitole du Libre

Toulouse · INP-ENSEEIHT

Une édition très fréquentée (1 400 participants annoncés, contre 1 200 en 2024) où le Libre s'est affirmé comme projet politique et condition de la souveraineté numérique, porté par des retours concrets de migration (Échirolles, Restos du Cœur) plus que par la technique pure.

Dev28 sessions résumées▶ 27 vidéos

19–21mer. → ven.

Agile Grenoble

Grenoble · World Trade Center Grenoble

« L'agilité et au-delà » : une édition qui prend ses distances avec l'agilité de façade (frameworks plaqués, métriques détournées, rôles transformés en postes) pour revenir au vivant et au système — robustesse et polarités (Iordanoff), intelligence collective mesurée (Moussaïd), transformations centrées sur le sens et les humains — tandis que l'IA reste un outil au service du jugement humain, abordé avec prudence.

Agile19 sessions résumées▶ 19 vidéos

20jeu.

Codeurs en Seine

Rouen · Kindarena

Une journée gratuite et éclectique où l'IA est partout mais regardée sans naïveté (reviewer plutôt que builder en UX, failles des LLM, MCP, assistants open source), encadrée par trois keynotes hors code — pédagogie et agilité (Thomas Chopin), souveraineté numérique (Quentin Adam), handicap et accessibilité (Luca Chapiteau) — et des REX d'équipes qui misent sur les basiques tenus dans la durée (feature flags, découpage, clean archi).

Dev21 sessions résumées▶ 21 vidéos

20jeu.

OVHcloud Summit

Paris · Maison de la Mutualité

Pour le retour d'Octave Klaba à la direction générale, OVHcloud a fait de l'IA agentique et de l'inférence (partenariat SambaNova, agent SHAI, serveur MCP, CLI) le fil rouge d'une keynote qui se présente en « acteur systémique européen », avec la souveraineté portée par les clients invités (LCH, Commerz Real, Bitdefender, Bouygues) plutôt que par OVHcloud.

Dev13 sessions résumées▶ 6 vidéos

21ven.

DevFest Paris

Le Kremlin-Bicêtre · Epitech Paris

Un DevFest à taille humaine et très communautaire (~300 personnes chez Epitech), au programme éclectique plutôt que tout-IA : une keynote « bidouille » sur un ordinateur 8 bits construit transistor par transistor, de la sécurité des applications LLM, de l'accessibilité et des « méta-lois » de l'organisation, avec une IA traitée en outil plutôt qu'en remplaçant.

Dev17 sessions résumées▶ 17 vidéos

25–26mar. → mer.

Adopt AI

Paris · Grand Palais

Pour sa première édition, Adopt AI a posé un diagnostic partagé : la technologie est prête, le goulot d'étranglement est l'adoption (processus à refondre, données, formation, dialogue social), le tout porté par un fort discours politique de « préférence européenne » et de souveraineté.

IA23 sessions résumées▶ 23 vidéos

27jeu.

DevFest Strasbourg

Strasbourg · Campus CCI Strasbourg

Une journée généraliste et très « craft » où l'IA s'invite partout sans tout dévorer (revue de code, tests, agents, LLM locaux, sécurité des LLM), aux côtés d'un fort bloc observabilité / troubleshooting de prod et d'un fil numérique responsable (smartphones réemployés, keynote Fairphone × Commown).

Dev20 sessions résumées▶ 18 vidéos

28ven.

DevFest Lyon

Lyon · L'Embarcadère

Une première édition saluée à l'unanimité pour son organisation (complète un mois avant, 314 propositions pour 16 créneaux), au programme dominé par l'IA appliquée à des cas concrets et par un web qui se rapproche du natif (View Transitions, WebGPU).

Dev11 sessions résumées